Virabadhrasana et la colère de Shiva

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la colere de shiva

J’adore les histoires de la mythologie indienne. En fait, j’aime toutes les histoires de toutes les mythologies. Ça enrichit l’imaginaire. Ça permet de se poser des questions. De se déplacer dans l’espace-temps où l’homme avait des centaines de dieux et la vie devait avoir un autre sens que celle que nous lui donnons aujourd’hui. J’aime particulièrement les histoires derrières les asanas. Elles me permettent de comprendre leur intensité et ce vers quoi je dois me focaliser pour faire la posture.

Aujourd’hui, je voulais vous parler de l’histoire derrière les postures debout appelées Virabhadrasana. Il y a Virabadhadrasana I, Virabadhrasana II et Virabadhrasana III. Vira, signifie le guerrier en sanskrit et ces trois postures sont très intenses. Des postures pour lesquelles je n’arrivais pas à compendre qu’il faille mettre autant d’intensité et de Raja Guna.

Je suis donc retournée voir mes livres et en lisant la légende derrière cette histoire et j’ai mieux compris l’intensité de ces postures. Je me permets donc ici de vous raconter cette histoire et si vous désirez en savoir plus.

Il était une fois…

Shiva et Shakti vivaient une histoire d’amour au-delà de ce que nous humains pourrions connaitre. Une histoire d’amour éternelle. Dans cette vie-là, Shakti s’appelait Sati et elle était magnifiquement belle. Elle vouait un amour dévotionnel à Shiva depuis qu’elle était toute petite. C’était son secret. Le père de Sati, Daksha, lui par contre n’était pas très fan de Shiva. Il n’avait en rien l’apparence du gendre idéal.

Sati grandit. Elle savait dans le plus profond de son cœur que son amour pour Shiva était authentique et elle ne pouvait l’imaginer autrement. Quand elle fut en âge de se marier, son père organisa une fête avec une multitude de prétendants. Sati pour plaire à son père faisait semblant de s’intéresser aux courtisans. Mais quand arriva le moment de choisir, au lieu de lancer la couronne de fleur autour du cou d’un partenaire, elle lança la couronne dans les airs en invoquant le nom de Shiva. Qui apparut aussitôt. Daksha était très en colère et ne supportait pas que sa fille se soit mariée à un homme (ou plutôt un Dieu) qu’il n’avait pas choisi.

Daksha avait décidé de prendre sa revanche. Il organisa une autre soirée et n’invita pas son gendre. Sati était désespérée par la décision de son père, elle décida d’aller à la fête pour essayer de le convaincre, de lui expliquer qu’elle était heureuse avec Shiva et qu’il devait l’accepter. Dans sa colère et sa tristesse de ne pouvoir changer le cœur de son père, Sati s’immola par un feu intérieur.

Shiva sentit directement que quelque chose était arrivé à sa bien-aimée et il rentra dans une colère noire. Il arracha une mèche des ses cheveux, la jeta par terre. La mèche de cheveux fit son chemin jusqu’à la fête sous la terre, arriva, se transforma en guerrier, sorti son épée et coupa la tête de Daksha.

Shakti (qui était Sati réduite en cendres) se réincarna dans un autre corps. Elle était désolée de voir ce que Shiva venait de faire et elle essaya de le raisonner, de lui expliquer que ce qu’il avait fait était loin d’être la solution pour résoudre son problème…

Shiva avait agit sous l’impulsion et n’avait pas pensé aux conséquences.

La colère

Dans le Larousse, la définition de colère est la suivante : « Etat affectif violent, résultant du sentiment d’ une agression, d’un désagrément, traduisant un vif mécontentement accompagné de réactions brutales ». Par rapport à ce qu’on peut ressentir lors d’une colère, je trouve le choix des mots du Larousse un peu fade. Personnellement, comme dans l’histoire de Sati et Shiva, j’avais l’impression de m’immoler intérieurement lors de colère intense. J’utilise « j’avais » car heureusement ou malheureusement, je ne ressens plus ce genre de colère destructrice. Par contre, je me rappelle celle de mon enfance, de mon adolescence, de ma vie de pré-adulte et je garde ce goût amer des actions prises sous son emprise. Cette colère qui immole Sati et qui donne tant d’intensité aux postures de Virabadhrasana.

La colère et la pratique du yoga

Dans l’histoire de Sati, tout s’arrange. Après tout ce sont des Dieux. Si la vie ne va pas dans le sens qu’ils le désirent, ils peuvent se permettre ce genre d’erreur. La tête de Daksha est replacée sur le corps d’une chèvre, tout le monde se pardonne, comprend ses erreurs et tout s’arrange. Qu’en est-il de nous et de notre colère, lorsque nous prenons des décisions sous son emprise, pouvons-nous revenir en arrière ? Et quand nous sommes en colère, que devons-nous faire ? La laisser nous bruler de l’intérieur ? Laisser notre mental ressasser encore et encore ce qui a initié cette colère jusqu’au point de ne plus pouvoir le supporter ? La colère est une émotion parmi tant d’autres, elle est saine si on arrive à la reconnaitre pour ce qu’elle est. Il faut lui permettre d’exister et pour cela il faut l’accepter. Ce qui est difficile car souvent on va préférer l’enfuir tout au fond de nous car on ne saura pas quoi en faire ou on fera comme Shiva et on agira sous l’émotion. Dire et se dire qu’on est en colère permet déjà de soulever le couvercle de la cocote  pression. Dans la pratique du yoga, en apprenant à observer mon corps, j’apprends aussi à observer mes émotions et cela rend les choses un peu plus faciles. Parfois! Sourire

Les émotions, ce ressenti invisible

Le monde change, la société mute et les consciences s’élèvent chacune à leur rythme. Ce qui était vrai pour les personnes de mon âge ne l’est plus vraiment pour nos enfants. Cependant, une partie des hommes continuent de conditionner leurs progénitures en leur disant que les émotions ne sont pas importantes. « Tu pleures parce que tu es triste, c’est pas grave. Tu as peur, mais non tu n’as pas peur, c’est les chochottes qui ont peur. Tu es en colère, ce n’est pas bien d’être en colère ». Comment prendre conscience de quelque chose quand on nous inculque qu’elles n’ont pas d’importance voire même qu’elles n’existent pas. Nos émotions, c’est un peu notre système GPS. Si nous les ressentons, c’est qu’elles ont quelque chose à nous communiquer. La colère en fait partie. Elle peut nous donner un sentiment de « vif mécontentement » comme dit le Larousse et si on arrive à la canaliser, à la transformer en énergie créatrice, elle peut nous aider à nous sortir de situation que l’on croyait désespérée. Elle peut nous permettre d’aller de l’avant.

Conclusion

Si ce n’est des questions à poser, je n’ai pas de conclusion. Je ne veux ni faire la morale, ni venir avec des solutions toutes faites. Que faites-vous de votre colère ? Que faites-vous de vos émotions en général ? Et lorsque vous rencontrez la colère chez l’autre, comment l’appréhendez-vous ?

C’est pas tout ça, je vous laisse avec mes questions et n’hésitez pas à commenter pour me dire ce que vous en pensez.

A bientôt

Ecrit par Letizia Terrana

Credit photo: Alice Popkorn

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