Qu’est-ce qu’une pratique de yoga nourrissante?

membrane miscroscope

Ceci est une interview de Leo Peppas à qui j’ai posé cette question. Il a pris le temps de répondre dans les détails. Je vous conseille donc de vous faire un petit thé et de vous installer confortablement et de prendre le temps de lire (désolé, si le style n’est pas toujours très léger)

 

Dans un de tes posts, tu écris “Pratiquer le yogac’est une façon d’honorer notre intelligence à distinguer et notre capacité de savoir ce qui est nos affaires de ce qui ne l’est pas».

Pourrais-tu nous expliquer un peu plus ?

Cette question est énigme, ce n’est pas simple de donner une réponse car elle amène d’autres questionnements.

A la base de telles questions apparaissent les dilemmes que nous avons hérités en voulant savoir ce que cela veut dire d’être un être humain complet.

Pour rendre justice à cette profonde question, nous devons au moins prendre en considération un ou deux grands thèmes.

Si nous ne le faisons pas, on pourrait peut-être arriver à une conclusion plus claire, mais cette conclusion serait juste une réflexion sur une simplification du contexte, qui ne nous amènera pas plus près de la vérité. Les philosophies orientales pourraient apporter plus de lumière dans un premier temps sur ce sujet. Mais alors nous devons suspendre nos conclusions jusqu’à ce que nous le fassions, mais ce n’est pas une promesse. Peu importe, c’est un exercice important pour le mental.

Étonnamment, “Qu’est ce qu’une pratique de yoga nourrissante? » est une question que me pose beaucoup de professeurs. Ceux-là mêmes qui sont “supposés” savoir.

Pour savoir ce qui nous nourrit, nous ne pouvons pas nous appuyer seulement sur des principes. Ceux-ci nous servent rarement tout au long de la vie, ce dont nous avons besoin dépend du temps dans notre vie et de l’individu – beaucoup d’éléments de ce dont nous avons besoins sont soumis à de grands changements au cours de celle-ci.

En fait, cette question est à multi niveaux et elle trouvera une réponse quotidienne. Moment par moment.

La chose intéressante est qu’en s’étendant sur cette question, nous pouvons développer des habiletés fondamentales.

Apprendre à différencier ce dont nous avons besoin pour être nourris, est une expression d’intelligence basique qui est évidente depuis que la vie a commencé sur cette planète il y a plus de 3 milliards d’années.

Depuis plus d’un milliard d’années, les organismes unicellulaires vivent en complète harmonie et de manière écologique, ce que nous “humains avancés » ne sont pas encore capables de réussir.

L’homéostasie est l’expression de base de la vie, l’échange réactif entre l’intérieur et l’extérieur, entre moi et le monde.

C’est cette intelligence de la membrane cellulaire, où l’intelligence fait la différence et décide ce qu’elle laisse entrer et ce qu’elle garde.

Cette même intelligence est exprimée dans les viscères. La même question revient puisque c’est une sorte de système qui traite l’information :

Qu’est ce que je laisse entrer ou sortir et ce qu’est ce que je garde ou laisse échapper ?

L’état de nos intestins (notre premier cerveau évolutionnaire) affecte directement les capacités de notre cerveau cérébral. Notamment son intelligence à faire la différence.

En fait apprendre à écouter le cerveau intestinal semble être un rite de passage pour notre cerveau cérébral – Nous avons bien du mal à faire des choix avec les rayons dans les supermarchés dédiés aux produits qui assistent au fonctionnement du tube digestif dans un sens ou dans l’autre et d’un bout à l’autre.

Bien sûr ceci est encore plus compliqué par le fait que nos cerveaux peuvent être manipulés à faire des choix de nourritures et pas seulement par un marketing sophistiqué, mais aussi de manière totalement chimique.

Cette histoire sur comment nous faisons les choix sur ce que nous mangeons. Informés par une manipulation. Facilité d’un processus descendant est que nous choisissons un régime ou une sorte de nourriture basée sur un concept :

Des choses qui se vendent et cela peut-être n’importe quoi, comme, ça à l’air attirant, il y a des supers ingrédients biologiques, c’est durable et Jim l’a fait.

Mais c’est une façon très différente de choisir pour la plupart des animaux qui ont un système de traitement plus intact.

L’un n’est ni bon ou mauvais, c’est plus une question de savoir si chacun peut être présent quand c’est approprié et ne pas s’en empêcher, et s’ n’y a assez d’intégration – Le design de notre premier cerveau intestinal a été dessiné par notre évolution pour être ascendant.

La plupart d’entre nous ne sommes pas conscients de cela, nous devenons des consommateurs avant que nous ayons le temps de rencontrer le monde qui est de toute évidence plus grand que le monde de la consommation.

L’autre jour, à l’aéroport, un bébé a jeté quelque chose de sa poussette. Je pensais qu’il s’agissait d’un jouet et j’allais le ramasser. Jusqu’à ce que je vois que c’était un Iphone.

Si nous avons la chance d’avoir la construction intacte de notre pensée afin de pouvoir faire des choix conscients. Ce qui est très rare car on le perd cette possibilité avec nos conditionnements. Et surtout parce que nous ne vivons pas une relation physique dynamique avec le paysage.

La chose la plus commune que je vois en cours de yoga est comment les gens interfèrent avec eux-mêmes. En fait, nous avons fait du yoga une science qui fait voir cela d’une manière très sophistiquée.

Pourquoi ? Bien, une des raisons est que nous ne réalisons pas ce que nous faisons. Célébrant largement des idéaux et des concepts de consommateurs dont l’origine remonte aussi loin que la Renaissance.

Dans ce processus de célébration, nous avons aussi perdu l’accès à une grande partie de notre système de contrôle de la réalité – qui ne vient pas d’une considération réfléchie.

La façon dont nous pratiquons le yoga peut empirer les choses ou nous aider, cela dépend de notre système de valeur à la base et de ce que nous faisons si nous ne pouvons l’examiner.

Les chances de réaliser ce que nous faisons en outre s’empilent  contre nous.

Pour revenir à comment ce que nous mangeons, nous nourrit. Parce que les animaux choisissent ce qu’ils mangent d’une façon différente que la plupart d’entre nous.

Qu’est ce qu’une pratique de yoga nourrissante est une question complète et qu’il n’y a pas assez d’espace pour en parler entièrement.

Les premiers animaux primitifs dont le corps était basé sur le tube digestif avait le cerveau de ce tube dans la bouche, pour décider quoi y mettre. Notre cerveau intestinal commence dans la partie basse de l’œsophage et c’est donc facile d’être submergé par des choix de nourriture douteux de notre cerveau cérébral.

L’histoire de comment devenir un consommateur qui vit dans un société qui préfère l’image à l’intelligence dont nous avons hérité de notre passé évolutif qui nous connecte tous à la vie sur la planète qui était là avant – est vraiment reliée. Il y a deux façons de coordonner l’intelligence dans le cerveau, une est l’image du corps et l’autre est le schéma corporel et sa relation à  l’espace.

Je travaille beaucoup avec les modèles de mouvements, aussi au coeur de la plupart des postures de yoga qui démontre que la façon dont nous venons au monde comme bébé, comme cela est conçu par l’évolution : ils émergent à des moments bien distincts répondant à la simple question sur la relation.

Parce que ne l’oublions pas, si vous avez à comprendre une cellule, un être humain ou leur corps, la seule manière de comprendre le sens serait de le voir, de l’expérimenter dans la relation avec l’extérieur. – et nous avons perdu la pratique de cette idée profonde.

Ce qui est la façon la plus appropriée d’être en relation avec le monde, quels sont les choix qui font sens, à ce point dans mon développement.  Le potentiel au cœur cette question est directement reliée à la première.

Qui décide? Qui est l’autorité de mon expérience? C’était les prêtres, c’est devenu les docteurs et maintenant ce sont mêmes parfois les professeurs de yoga. Revenons en arrière avec Patanjali, les gurus du yoga, les traditions, quoi que ce soit tout ça est extérieur à vous –mêmes.

Revenons à l’homéostasie, qui est la plus basique expression de vie – on peut voir encore comment ça se reflète dans la manière dont nous profitons du monde.

Il y a un processus graduel pour apprendre à référencer l’intérieur, ce dont j’ai besoin, et doucement rencontrer le monde extérieur jusqu’à ce que nous puissions référencer les deux.

Intrinsèquement à ce processus apparaissent beaucoup de difficultés avec lesquelles nous luttons entre les choses intérieures et les demandes extérieures, sans compter tous les problèmes de relation.

Comme comprendre de qui sont les affaires de qui. La plupart d’entre nous perdent beaucoup de cette capacité. Parfois en yoga aussi, nous pouvons passer trop de temps à plonger à l’intérieur de nous même – regarder trop longtemps notre propre nombril.

Le narcissisme a besoin d’être confronté par notre relation avec le monde extérieur et pas seulement celui dont nous rêvons.

Chez les bébés, nous pouvons observer ce qui s’appelle le “cycle de satisfaction”, si un bébé n’est pas heureux nous pouvons voir d’où vient le problème.Ceci est relié à la façon dont nous commençons à construire, en venant en contact avec nous-mêmes et notre environnement et découvrir ce dont nous avons besoin.

D’où pouvons-nous pousser, atteindre, retenir et amener à nous ce dont nous avons besoins pour en être satisfait. Vous pouvez voir les mêmes problèmes dans la manière dont une personne bouge en vinyasa.

Souvent, on nous enseigne, inconsciemment par ce que nos parents consommateurs nous ont appris, à exister dans un cycle de satisfaction incomplet, très souvent dès le début de notre existence – ce qui fait de nous des consommateurs parfaits jamais satisfaits et qui ne savent pas ce dont ils ont besoin – donc, facilement manipulable. Parce que nous avons perdu le contact avec le monde extérieur, nous avons perdu confiance en nous et éduquons nos enfants pour qu’il existe comme de consommateurs parfaits.

Dans nos sociétés l’image du corps vend. Cela vend des magazines de yoga, beaucoup de vêtements de yoga cher. On est complètement coincé avec la valeur biaisée du yoga.

Un chien fera un chien tête en bas purement de son schéma corporel en relation avec l’environnement. Il n’a aucune idée à ce qu’il ressemble ou comment il pense qu’un autre le voit. La question ici n’est pas de savoir ce qui est bien ou mal mais de comprendre comment cette intelligence travaille et ce qu’elle a à nous apprendre sur les fondements et la signification de ce que signifie être un être humain. Mais souvent l’image du corps obscurcit celle du schéma corporel.

Le moins nous sommes connectés à notre schéma le moins nous pouvons le voir, et au plus nous donnons de l’importance à  l’image.

Le yoga nous offre l’opportunité de confronter et apprendre beaucoup de ce dilemme.

Mais pour la plupart nous avons vendu la valeur “du ressenti” proche de nous seulement parce que nous avons perdu contact avec l’autre.

C’est nécessaire de se demander, d’une manière très profonde: “Qu’est ce ce ce que je veux de ma pratique de yoga? Ensuite de regarder honnêtement à la manière d’être loyal à cette idée. Nous avons besoin de beaucoup de support pour gérer ce genre de questions et encore observer où le yoga aide ou gêne. Une action a des conséquences et le yoga est certainement un voie conséquente.

Il y a beaucoup d’obstacles au début de notre processus pour répondre à nos questions. Qui sont aussi des opportunités d’apprentissage. Etre capable d’examiner la raison et le sens fait partie de ce qui fait le yoga yoga et pas seulement un exercice du corps avec l’utilisation du mental ou parfois seulement juste le mental.

Par exemple, nous devons nous confronter à ces questions. Nos ambitions, les objectifs que nous alignons à notre volonté, qui ne serviront pas assez à notre développement. L’évolution de notre compréhension. A quoi sommes-nous loyal? Quelles sont les allégeances ou compromis que nous faisons?

Pour nous confronter à cela, nous devons apprendre à être honnête et loyal à un objectif plus profond – c’est une grande partie du processus du yoga. Si nous avons vendu notre volonté à des besoins extérieurs, des dictats sociétals, cela va devenir bien compliqué – quand nous nous déconnectons de cette partie essentielle de nous-mêmes parce qu’elle semble si petite ou non-existente, nous perdons confiance.

Chaque fois que nous questionnons ce fait, notre courage et confiance grandit. Nous pouvons commencer à avoir la foi dans quelque chose que nous ne connaissons pas encore –  qui est “Qu’est ce c’est d’être un être humain?

Nous devons apprendre à croire l’être humain en nous, plus qu’en l’être assujetti à la société qui n’en à rien à faire de toute façon. C’est le boulot de personne mais le nôtre de prendre la responsabilité de notre propre santé. Beaucoup d’entre nous sont encore coincés dans le dilemme que nous voulons être pris en charge par le parent aimant parfait, ne réalisant pas que nous devons simplement apprendre à aimer et prendre soin de nous-mêmes.

Une partie de ce dilemme peut être exprimé dans notre pratique personnelle et dans les types de classe que nous fréquentons. Nous pouvons trouver des tendances qui proviennent d’interprétation de notre éducation. Par exemple, si un professeur ne respecte pas ou ne sait pas comment se connecter à notre intelligence intérieure, ou en fait trop, cela peut nous coincer dans de vieux schémas et pourtant nous laisser l’impression que nous nous faisons du bien.

A la fin, personne ne peut-être l’autorité de votre expérience sauf vous.

Une belle métaphore pour n’importe quelle relation est d’écouter pendant que vous parlez et cela peut-être appliqué à votre pratique d’asanas. Si nous arrêtons d’écouter, nous pouvons nous induire en erreur. Il y a une raison pour que le sens de l’asana soit seulement compris quand nous vivons l’expérience en relation avec l’extérieur, dans le moment avec assez d’honnêteté et dans le contexte de nos vies.

Dans le yoga, les compétences auditives sont souvent compensées par les compétences de la parole – toujours plus d’actions sophistiquées. La plupart des chiens ne reconnaîtraient pas la plupart des postures de yogi quand ils sont en chien tête en bas. Ce qui nous en dit pas mal sur la valeur de la pseudo sophistication des asanas.

Un autre rite de passage est d’avant de contrôler la respiration, on doit apprendre écouter sans intervenir. Il y a tellement à apprendre de ce processus ou tellement à perdre en l’évitant. Je ne veux pas paraître trop manichéen, si quelqu’un expérimente beaucoup de stress et devient de plus en plus malade, le support du pranayama peut être une mesure de secours – mais pas une pratique à vie. Ce serait manquer le point le plus important.

Finalement, la réponse à la question est bien ironique. Ce n’est pas mon boulot de dire aux gens qu’est ce qu’une pratique nourrissante, mais de les aider à découvrir le processus pour eux-mêmes.

Après tout, c’est une compétence pour la vie. Beaucoup de ses valeurs sont à apprendre sur le chemin. Encore une fois, c’est une question qui aura des réponses différentes, parfois quotidiennement ou moment par moment.

Si notre pratique est seulement là pour récupérer de nos choix de vie, du stress et de ce qui nous manque dans la vie, comme un manque de mouvements et une insuffisance de temps passé dans une relation physique dynamique avec le monde. Alors nous n’aurons jamais la chance de comprendre ce qu’est la question la plus importante de la pratique du yoga. Notre pratique devient juste usurpée par un autre dessein et peut fonctionner comme la roue d’un hamster nous aidant simplement à nous sentir plus confortable dans notre cage.

Pour savoir ce qu’est une pratique nourrissante, nous devons savoir ce que c’est d’être vraiment nourris et satisfaits. Cela nous connecte à quelque chose de plus grand. Une partie de ce que nous pouvons découvrir en nous reconnectant au reste de la planète, notre passé évolutif. Les 3 milliards d’années qui nous ont fait et pas seulement les quelques milliers d’années qui nous en ont écartés…

Il y a beaucoup de posts qui parle de ce thème sur facebook.

Le site de Leo Peppas

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J’espère que cet interview vous aura plus, laissez vos commentaires ci-dessous.

Crédit photo: Jen Bradford.

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